







Le “Majestic” glissa sur les eaux du port de New York par un beau matin d’avril (…)
Rags Martin-Jones, après cinq ans dans les capitales européennes, revenait sur sa terre natale !
Rags Martin-Jones n’était pas un chien. Elle était mi-fille, mi-fleur, et tout en serrant la main du capitaine Sir Howard George Witchcraft, elle sourit comme si l’on venait de lui glisser à l’oreille la plaisanterie la plus charmante et la plus neuve. Tous ceux qui n’avaient pas encore quitté le débarcadère sentirent ce sourire frémir dans l’air d’avril et se retournèrent pour la voir.
Elle descendit lentement la passerelle. Elle tenait son chapeau, oeuvre expérimentale coûteuse et hermétique, écrasé sous son bras, de sorte que ses cheveux ras de petit garçon, ou plutôt de bagnard, tentaient vainement de se soulever et de voleter un peu dans le vent du port. Son visage évoquait l’aube d’un jour de noces, sauf à l’endroit où elle plaquait un monocle saugrenu sur son oeil d’un bleu limpide et enfantin. Tous les trois pas, ses longs cils repoussaient le monocle, et elle riait, d’un rire blasé, heureux, avant de remettre à l’autre oeil ce lorgnon insolent.
Tap ! Ses cinquante kilos touchèrent le débarcadère qui sembla s’infléchir et palpiter sous le choc d’une telle beauté. Quelques porteurs s’évanouirent. Un grand requin sentimental, qui avait suivi la traversée, se souleva d’un bond désespéré pour la voir une dernière fois, puis il replongea, le coeur brisé, dans la mer profonde.
Rags Martin-Jones rentrait chez elle.”
F. Scott Fitzgerald – Les Enfants du jazz – Nouvelle : “Rags Martin-Jones et le Prince de Galles”.
Le siècle du jazz, du 17 mars au 28 juin, Musée du Quai Branly.
Le diplôme approche! Si vous voulez venir voir l’exposition des diplômes de 5e année (DSAA) à Duperré , envoyez-moi un mail à juliette.teste@gmail.com.

















