Les Rencontres d’Arles : Jean-Christian Bourcart

Jean-Christian Bourcart, de la série CamdenJean-Christian Bourcart, de la série CamdenJean-Christian Bourcart, de la série CamdenJean-Christian Bourcart, de la série CamdenJean-Christian Bourcart, de la série CamdenJean-Christian Bourcart, de la série CamdenJean-Christian Bourcart, de la série Camden

 » C’est absurde, mais j’ai juste cherché sur le Web la ville la plus dangereuse des États-Unis.
Je voulais retrouver cette étrange énergie qui se dégage des lieux où les règles et les contraintes sociales sont abolies ou affaiblies. Un sentiment de liberté mêlé à l’excitation du danger. Je voulais m’assurer qu’il est encore possible d’aller vers les autres, si éloignés, si étrangers qu’il nous paraissent.
En tête de liste, j’ai trouvé Camden, New Jersey, à deux heures de New York. En y allant, j’ai découvert le visage de la pauvreté ordinaire cachée derrière les stigmatisations et les stéréotypes. Les gens sont durs, mais les rires sont sincères, et quand je me suis fait braquer par une prostituée, elle m’a rendu dix dollars pour ne pas me laisser dans le pétrin.
La ville a deux plans superposés, entremêlés, intriqués, l’un évident, géométrique, celui des rues, des voitures, des rares boutiques et des usines toxiques. L’autre est celui des sentiers tortueux entre les maisons éventrées et brûlées utilisées pour se défoncer ou pour le sexe.
Au début, je photographiais les junkies dans la rue pour deux dollars la séance. Et puis j’ai rencontré Suprême, que je paie 20 dollars chaque fois qu’il m’introduit dans une maison. Pendant que je shoote, il baratine les gens, prétendant être un étudiant en art ou un flic en civil. Un jour, je lui ai demandé s’il avait déjà fait de la prison; 17 ans pour meurtre me répondit-il.
J’y retourne régulièrement, ramenant et distribuant les photos déjà prises. Je suis fièrement devenu une sorte de photographe de quartier dont les œuvres sont accrochées au-dessus de la télé.
Je suis intéressé par ce que nous avons en commun avec les gens de Camden. Mais à la fois, on photographie toujours une différence et je me demande à quoi ça sert de rajouter du spectacle au spectacle. Peut-être qu’il s’agit de produire des preuves matérielles au sujet de la grosse machine économique et sociale qui nous embrasse et nous répudie. Comment on détermine la vérité – et ce qu’on en fait – est à la base de toutes les luttes sociales et politiques.  »

Jean-Christian Bourcart

Ça me touche, les invités de Nan Goldin, Ateliers SNCF, Arles, 7 juillet – 13 septembre 2009.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s